La force d’être soi
Je m’appelle Alexandra et j’ai 31 ans.
Je crois que je me suis cherchée toute ma vie, même si celle-ci n’a pas encore été très longue. Je commence à trouver la paix, à défaut je trouve des réponses, des explications qui aident à ma re-naissance.
Je suis née en 1976 d’une mère Allemande et d’un père Français né au Maroc. Mes parents se sont connus lors du service militaire de mon père à Baden Baden… une liaison, un retour pour la France, un coup de téléphone l’informant qu’il allait être père et nos destins allaient être scellés.
Ma vie aurait-elle été très différente?
Je ne le saurai jamais.
Mon père, je ne peux lui reprocher, a bien fait les choses et a épousé ma mère. Est-ce qu’il l’a fait par amour? Par culture? Pour ne pas avoir un bâtard comme je l’ai déjà entendu dire dans ma famille pour les enfants nés hors mariage. Je ne sais pas. En tout cas ma mère quitte son pays, et vient s’installer en France avec mon père. Je vous passe les détails de choses d’une époque où j’étais encore un bébé, mais semble-t-il ce n’était pas l’atmosphère familiale parfaite.
Mes parents atterrissent à Marseille, où je naîtrai en septembre 1976.
Ma mère et moi vivrons deux années là-bas, avant qu’elle ne s’enfuie en Allemagne avec moi et entame une procédure de divorce le 20 janvier 1979.
Pourquoi? Je la laisserai le dire avec ses mots, si elle le souhaite. Cela aurait pût être un divorce comme bien d’autres, difficile mais où chacun pense à l’intérêt de l’enfant… c’est ce que je me suis toujours dis… lorsque l’on est adulte c’est comme ça que cela doit se gérer, mais il faut croire que ces cas là sont particuliers. En tout cas, voilà mon cauchemar qui commence.
Le témoignage que je m’apprête à faire est assez délicat en ce sens qu’il est difficile de réellement exprimer avec des mots tous les sentiments que j’ai pu ou que je ressens au plus profond de moi.
Suite à une thérapie avec l’aide de la sophrologie j’ai pu retracer mon histoire, mais nombre de mes souvenirs aillant été effacés ils m’ont été compté.
CHAPITRE I – LES RAPTS – MON ENFANCE VOLÉE
Le 26 janvier 1979, mon père aidé de sa sœur et de son frère va organiser mon enlèvement. J’ai alors 2 ans et 4 mois. Ma tante et mon oncle vont inviter ma mère au restaurant, avec l’enfant bien sûr. A la fin du repas, alors que nous raccompagnons mon oncle et ma tante à leur voiture, mon père se saisit de l’enfant tandis que les autres retiennent ma mère et la voiture fonce … laissant ma mère sur le bord de la route … sûrement sans dessus dessous après ce qui vient de lui arriver. Je ne me souviens pas de ce moment, ma tante me l’a raconté bien des années après en s’excusant de ce qu’elle avait fait. Ma mère ainsi que ma marraine (ma tante par alliance) me l’ont également raconté … mais moi, je ne m’en souviens pas.
Le 8 Mars 1979 le Tribunal de Grande Instance de Versailles donne la garde de l’enfant à la mère, et je retourne en Allemagne. La garde est donc accordée à ma mère en Allemagne et mon père dispose d’un droit de visite et d’hébergement. Mais l’histoire ne se finit pas là… Mon père fait appel de ce jugement mais le 20 mai 1980 la Cour d’Appel de Versailles confirme la garde à ma mère. Le 10 octobre 1980 Le Tribunal de Grande Instance prononce le divorce à torts partagés et confie la garde de l’enfant à la mère. Une enquête sociale est ordonnée. Le père fait appel de ce jugement. Les expertises médicales constatent, que durant les visites à Paris et à Spire (Allemagne), une augmentation d’agressions et d’insultes envers la mère de la part du père en présence de l’enfant. À partir de 1980 le droit de visite ne s’exerce plus normalement. L’enfant devient de plus en plus nerveuse dû à un manque de stabilité attesté par un psychologue dans un rapport en date du 18 mars 1980. A partir d’avril le psychologue demande à ce que l’enfant demeure complètement à Spire.
Le 11 août 1981, j’ai alors 4 ans et 11 mois, le père demande au Tribunal d’Instance de Spire de prendre sa fille durant les vacances. L’enfant doit passé le mois d’Août avec son père en France, contre la volonté de la mère. Le juge ordonne de remettre l’enfant et le père promet de ramener l’enfant après les vacances en Allemagne.
Depuis le 01 septembre 1981 l’enfant n’est pas revenu en Allemagne. Le père empêche tout contact avec la mère. Le juge allemand ne peut pas poursuivre en France ce qu’il a ordonné le 11 août 1981. L’infraction du père reste sans sanction du côté de la justice Allemande. La mère dépose une plainte devant le Tribunal de Grande Instance de Créteil pour non présentation d’enfant.
Je vais vous passer tous les détails des diverses plaintes déposées par ma mère auprès du parquet de Frankenthal, la Cour d’Appel de Versailles et le Tribunal de Grande Instance de Créteil. Mais à chaque fois la justice réitère son jugement pour un droit de garde à la mère. Un courrier de l’Avocat de ma mère (du 24 mai 1983) indique même que les supérieurs hiérarchiques de mon père l’avaient « vainement exhorté à se soumettre à la quatrième décision judiciaire confirmant le droit de garde à la mère. Il m’a précisé que le dénommé Rodriguez s’est comporté comme un fonctionnaire buté et borné, persistant à vouloir faire des difficultés pour rendre l’enfant… J’ai même perçu que le dénommé Rodriguez ferait certainement l’objet de sanctions disciplinaires … ».
Alors pourquoi ne reverrai-je pas ma mère durant 14 années?
Pourquoi la justice n’a-t-elle pas appliqués ses jugements?
Pourquoi une enfant a-elle été privée de sa mère? Pourquoi une famille a laissé faire? POURQUOI m’a-t-on impunément volé mon droit de voir ma mère, mon enfance, mes souvenirs, mes racines, mon identité? Pour le deuxième « rapt » on ne parlera pas vraiment d’enlèvement car c’était légal, en effet en 81 mon père faisait jouer son droit de visite. Mais finalement le droit de visite ne s’est jamais terminé. Je ne suis jamais rentrée chez ma mère. Alors est-ce que ce n’est pas un rapt légal? On m’a également raconté cet épisode dont je ne me souviens pas. Lorsqu’ils ont ramené l’enfant et que celle-ci réclamait sa mère, on l’a enfermée dans une chambre en lui interdisant d’appeler sa mère car elle ne l’a reverrais plus. On lui a également dit qu’on lui parlerait que si elle parlait français. Sont-ce les manières d’un père qui aime tant son enfant?
Personne n’a bougé, n’est venu consoler cette enfant dans cette chambre noire … comment cette enfant peut-elle avoir confiance dans les adultes?
J’ai cherché cette enfant pour l’apaiser, mais je n’ai pas encore réussi à lui parler. J’ai aujourd’hui 31 ans et je n’arrive pas à calmer les peurs de cette enfant, ses craintes, ses doutes, son manque de confiance en elle et dans les autres. A l’époque, il semblerait qu’elle se soit calmée d’elle-même. Elle n’a plus dit maman, elle a parlé français, elle a fait tout ce que l’on attendait d’elle … en bon soldat.
Elle a appris ses leçons :
- c’est toi qui as demandé à vivre avec papa car le compagnon de ta maman la battait et te frappait aussi, tu ne l’aimais pas
- un jour ta mère est venue te voir à la sortie de la maternelle et tu lui as répondu que tu ne parlais pas aux inconnus
- ta mère et son compagnon ont tenté d’écraser ton père en voiture
- ta mère faisait passer de la drogue dans tes couches
- ta mère faisait le tapin
- ta mère ne s’avait pas s’occuper de toi, elle te passait tous tes caprices … tu étais
toujours malade …
- ta mère ceci, ta mère cela ….
Et puis un jour on n’a sûrement plus parlé d’elle … d’ailleurs je ne me souviens de rien d’elle. Son visage, son odeur, la douceur de sa peau, la chaleur de ses câlins … je n’ai aucun souvenir de combien il doit être doux d’avoir une maman. Je ne me souviens pas de ces promenades en vélo ou au bord du Rhin, des jeux dans la boue, dans les squares, des câlins avec mon doudou lové sur son ventre, des jeux avec les fleurs où l’on se dit « je t’aime, un peu, beaucoup, passionnément, à la folie » et autres bons moments que je vois sur les photos de l’album souvenirs qu’elle m’a fait. J’essaie, mais je ne me souviens de rien. Je vois ces photos … je me vois enfant mais rien … rien à ma mémoire, rien à mon cœur. Aucune réaction, si ce n’est de la tristesse de ne pouvoir ressentir la mémoire de la chaleur de cette mère qui m’a sûrement tant manqué. Alors je grandis, lorsque je tente une rébellion on me répond mais est-ce que tu es malheureuse chez nous? Est-ce qu’on te traite mal? … que dois-je répondre … non bien sûr, on ne me bât pas, on ne m’a pas violé, mais est-ce normal de ne pas voir sa mère? La justice a tranché, a priori oui. Après mon rapt légal, mon père m’a mise en gardiennage dans la famille puis auprès de la grand-mère, déplacée, cachée lors des tentatives de ma mère pour faire appliquer les jugements. Jugements qui durant 8 années de procédure lui donneront toujours la garde. Sauf lors du dernier jugement, qui décidera de me laisser définitivement sur le sol français, prétextant que cela faisait trop longtemps que je ne parle plus allemand et que ce serait traumatisant pour l’enfant de la renvoyer auprès de SA MÈRE en Allemagne.
Alors voilà, il suffit d’enlever un enfant, de le cacher, de faire durer des procédures juridiques, en même temps de faire un bon lavage de cerveau et c’est bon on est tranquille. Voilà ce que m’a appris la justice. Peut-être que le fait que mon père soit CRS l’a sûrement aidé, peut-être des gens lui devaient-ils des services? Peut-être est-ce autre chose qui a permis cela, je ne sais pas. En tout cas c’est arrivé. On m’a donné à un père qui ne m’a jamais élevé et qui n’a fait cela que par esprit de vengeance et pour punir la femme qui avait osé partir! Mais une fois ne lui a pas suffit car l’histoire s’est également répétée avec sa deuxième femme et son deuxième enfant. Mais c’est encore une autre histoire.
J’ai donc passé quelques années avec mes grands-parents, je n’ai pas beaucoup de souvenirs de cette époque non plus. A posteriori, je crois que je m’étais mise en veille. Je faisais, répétais ce que l’on attendait de moi. J’étais une enfant très calme à ce que l’on dit, avec son monde imaginaire. Je ne parlais pas beaucoup. Mon père semblerait-il venait me voir le week-end, mais je ne me souviens pas de cela non plus. De mon enfance j’ai quelque flash, mais je ne sais dire si ce sont de vrais ou de faux souvenirs. C’est le plus dur je crois… ne pas savoir qui l’on a été, ce qu’on a vraiment ou pas vécu et si ce que l’on est aujourd’hui c’est vraiment nous … cela me poursuit encore… ma mémoire a été formatée et reprogrammée tel un vulgaire ordinateur, et parfois celui-ci bug un peu, ce sont des moments de grande angoisse et détresse que personne ne peut comprendre.
CHAPITRE II – UNE ADOLESCENCE TOURMENTÉE
A mes 10 ans, au moment ou la justice française a finalement légalisée la garde que mon père avait usurpé, celui-ci m’a demandé, alors que je vivais toujours chez ma grand-mère, si je voulais vivre avec lui et avec une nouvelle maman. Peut-être aurais-je un petit frère, avait-il rajouté. Cela a suffit à remporter la décision. J’avais tellement d’amour à donner et je me disais qu’un petit frère ce serait aussi un ami, un compagnon de jeux et de confidences. J’ai donc encore déménagé pour cette nouvelle vie. Ma belle-mère était très jeune, nous avions 13 ans d’écart. Les choses ne se sont pas très bien passées, je pensais qu’elle serait ma nouvelle maman, mais cela n’a pas été le cas. Elle m’a rapidement fait comprendre que nous étions plutôt des rivales pour l’affection de mon père. J’ai également été déçue de l’attitude de mon père. Je pensais qu’enfin j’allais le voir et passer du temps avec lui, mais j’ai vite déchanté et je crois que c’est à partir de ce moment que ma prise de conscience a commencée. Car pour la première fois, je vivais vraiment avec lui.
Si je dois résumer ce qui s’est passé : c’était tendu, conflictuels. On m’a même envoyé en pension une année chez ma belle grand-mère à la demande de ma belle-mère. Il semblerait que c’était trop dur de m’avoir au quotidien. Mais elle aussi a craqué et m’a renvoyé chez mon père. Peut-être que je ne faisais pas assez de ménage chez elle ? Car je n’étais bonne qu’à faire le ménage, le repassage, et m’occuper de mon petit frère … après tout c’est pour cela que les enfants ne travaillent pas le mercredi, non? ... Pas le droit de sortir, pas le droit d’avoir des amis, pas le droit de ….. Et puis un jour ma belle-mère a commencé à déchanter, elle est devenue un peu plus mon alliée … À mes 18 ans, j’ai dit à mon père que je voulais allez voir ma mère, il m’a répondu que si je le faisais j’aurais les valises sur le pas de la porte.
Avant de passer au chapitre des retrouvailles d’avec ma mère, je vais vous parler de mon adolescence car c’est la première période dont je me souvienne réellement. Je me souviens que j’avais l’impression de souvent répéter ce que j’entendais comme si c’était mon opinion.
Cela me perturbait mais je ne me l’expliquais pas, j’avais l’impression de me donner de la consistance. J’étais plutôt un garçon manqué et je me bagarrais souvent. D’ailleurs depuis toute petite c’était le cas, surtout lorsque les autres me disait que ma mère était une sale boche. Il y avait alors une fureur incontrôlable qui m’envahissait, et je devenais très violente.
Adolescente, je ne m’intéressais pas aux garçons, d’ailleurs je cherchais à camoufler mes formes derrière des t-shirt ou pull extra extra large. De toute façon on m’avait dit que je tomberais enceinte si j’embrassais un garçon, des choses encore plus absurdes pour m’expliquer que l’amour ce n’était pas bien, sale … et que je serais moi-même salie si je le faisais. On travaillait également à sabrer mon image, dans ce sens ou on me faisait comprendre que j’étais grosse. Mon père m’a même fait prendre le régime Herba life (produit en poudre substituant les repas et qui a fait scandale à l’époque), résultat j’ai maigri certes mais je suis tombée malade comme un chien.
J’avais déjà un mal être certain, comme tous les ados, mais je me sentais différente… je ne sais comment l’expliquer mais je me suis sentie différente … peut-être parce que je n’avais pas de mère à qui m’identifier? En fait j’en avais une mais qui ne voulait pas de moi, c’est ce que le formatage m’avait appris. Mon père me disait qu’il ne l’avait jamais empêché de me voir ou de m’écrire… Alors qu’avais-je fais pour qu’elle ne veuille pas de moi? Avais-je été si méchante? Pourquoi ne m’aimait-elle pas? Puisqu’elle ne m’aimait pas, moi non plus je ne l’aimerai pas… alors je me suis retournée auprès de ma marraine et lui ait demandé si elle voulait bien être ma maman. Elle m’a expliqué qu’elle ne pouvait pas, que j’avais déjà une maman. Je ne comprenais pourquoi elle ne voulait pas. Personne ne voulait être ma maman alors? Ma marraine a toujours été présente pour moi, et lorsque j’ai commencé à poser des questions c’est vers elle que je me suis tournée. Je savais qu’elle prendrait le temps de me répondre et qu’elle était la seule personne qui ne parlait pas en mal de ma mère. Je voulais entendre l’histoire de sa bouche.
Vers 14/15 ans, je prenais conscience que je ne ressemblais pas à ma famille paternelle, je ne me sentais pas comme eux et pourtant je ne savais pas plus qui j’étais. Je me posais de plus en plus de question sur ma mère, ce qui rendait mon père fou de rage … les disputes se répétaient, le ton montait, les coups partaient… je devenais de moins en moins soumise, de plus en plus rebelle, insultant, tapant dans les murs à défaut de taper mon père, même si l’envie y était. Ma tête voulait exploser, je ne savais plus quoi faire. Des sentiments contradictoires me tiraillaient l’esprit … j’ai voulu mourir en m’ouvrant les veines, en sautant d’un toit… en lui laissant une lettre pour lui dire que c’était de sa faute, à ce père qui ne m’avais jamais vraiment aimé. Mais est-ce qu’il aurait compris? Finalement c’est moi que je punissais. J’ai alors pensé à le tuer. Mais comment faire le meurtre parfait d’un CRS? J’y ai beaucoup réfléchis mais je me suis dit que ce serait lui rendre la vie trop facile, qu’il fallait surtout que je sois différente d’eux, que je réussisse pour : changer de vie, ne jamais dépendre d’un homme et pouvoir me défendre.
Alors je me suis dit que j’aurais une vie meilleure lorsque je serai adulte, lorsque j’aurai mes propres choix et ma liberté. J’ai toujours entendu, en plus d’être grosse, que j’étais une ratée, une pauvre fille, idiote qui ne réussirait jamais. Que je finirais sur le trottoir à faire le tapin comme ma mère, à me droguer et je vous en passe. Je me souviens que j’encaissais et au plus profond de moi, je me répétais que je serai meilleure qu’eux, que je réussirai… je réussirai … je m’en sortirai … c’était devenu mon moteur, ma force pour subir la situation… Un jour j’ai dis à mon père de profiter de ces instants car le temps viendrait où j’aurai tous les as en main. Il n’a pas dû vraiment comprendre et pourtant j’avais tant de haine en moi au moment où ces mots sont sortis…
La haine et la vengeance ont été mes compagnons pour un moment. C’est en eux que j’ai puisé l’énergie d’encaisser… je ne peux les renier car ils m’ont aidé.
Mon moyen de m’évader a été de me réfugier dans mes études, et puis plus tard dans mon travail. Je vous raconte cela avec le recul et cela semble être du courage ou de la force de caractère, mais tout au long de ce chemin cela n’a été que doutes, manque de confiance en soi, manque de confiance dans les autres et une boule au fond du ventre à chaque nouveauté que je devais affronter. Je me demandais si j’allais y arriver. Peut-être qu’il avait raison? Peut-être que j’étais une bonne à rien? J’essayais de me convaincre du contraire pour avancer, et de faire taire cette petite voix au fond de moi qui essayait toujours de me tirer vers le bas. Il fallait donc avoir l’apparence de celle qui était sûre d’elle, parfois un peu méprisante des plus faibles. Je sais que ce n’est pas à mon avantage de raconter cela mais c’est ce qui fonctionnait pour moi. J’avais horreur de la faiblesse, d’ailleurs je la fuyais... peut-être que cela me faisait peur car moi-même j’avais beaucoup de faiblesse que je ne voulais prendre le temps de regarder.
Mes amis ou connaissance étaient plutôt des gens de bonne famille et cultivés. Peut-être qu’inconsciemment je me disais qu’ils me tireraient vers le haut. Ne vous méprenez pas … j’étais toujours sincère dans mes amitiés. Je n’ai jamais fait les choses par intérêt. Ce que je dis, c’est que peut-être qu’inconsciemment j’étais attirée par ce que je n’étais pas et ce que je voulais être… Mes amis pour la plus part sont des gens sûrs d’eux, qui réussissent et qui sont reconnus et appréciés. Pour ma part, je ne cherchais pas forcément à ce qu’on m’aime mais plus, à ce que l’on reconnaisse que j’étais compétente, intelligente... que finalement j’étais quelqu’un de bien.
Plus tard j’ai compris pourquoi je pouvais paraître froide et un peu méprisante. C’était finalement le meilleur moyen d’éloigner les gens et ne pas m’attacher. Car ma plus grande angoisse c’est d’être abandonnée. Très peu de personnes me connaissent vraiment et j’aie eu finalement très peu de confident dans ma vie. Mon premier vrai confident à qui je racontais vraiment tout et qui me connaissait par cœur a été mon meilleur ami lorsque j’étais en École de Commerce. Mais lui aussi m’a abandonné. Je ne lui en veux pas, c’est semble-t-il comme ça la vie. Les gens partent ... chacun sa route, chacun son chemin … comme dit la chanson.
Malheureusement je crois que c’est cette peur de l’abandon qui fait que je mets une barrière vis-à-vis des gens. Finalement le résultat me conforte, car ceux que je laisse m’approcher finissent par me faire du mal et m’abandonner. Est-ce que je le provoque? Sûrement un peu… finalement si je regarde bien, je puise ma force dans le fait d’être abandonnée. C’est dans ces moments que je rebondis et que j’ai eus de grands changements dans ma vie. Pourquoi? Je travaille toujours dessus…
Pour revenir à mon objectif de réussite, même lorsque je réussi les choses, je ne suis jamais vraiment satisfaite de moi. Vous pouvez croire que c’est de la fausse modestie, mais je pense toujours que j’aurais pu mieux faire. Cette insatisfaction est étrange car je coure après le meilleur pour être enfin fier de moi, mais je n’y arrive pas. Pourtant mon compagnon d’aujourd’hui n’a de cesse d’essayer de me rassurer et de me complimenter. J’ai toujours ce sentiment que je dois faire encore mieux. J’ai lu dans un livre qu’il fallait plutôt rechercher le mieux que le meilleur. Que les perfectionnistes couraient vers le meilleur et n’était donc jamais satisfait ni heureux. Cette phrase à retenti en moi et je m’efforce de changer et de courir à présent vers le mieux.
Ce qui était également troublant dans mon adolescence, c’était la manière dont mon père parlait de sa femme. Il laissait entendre à qui le voulait bien qu’au lit ce n’était pas ça. Il disait clairement qu’elle ne faisait pas assez l’amour avec lui, qu’elle n’acceptait pas certaines pratiques. Plus tard ils me racontaient dans les détails leur vie sexuelle.
Qu’il lui achetait des vidéos pornographiques, des accessoires et des films pour apprendre à faire l’amour avec un homme, ou encore qu’elle n’aimait pas la sodomie. Il me disait que lorsque je serai avec un homme, je comprendrai qu’il aurait des besoins journaliers et que c’était normal. Ma belle mère se confiait également à moi. Elle me raconta que mon père avait mis son arme de service sous l’oreiller pour qu’elle fasse ce qu’il voulait. Tout cela ne me regardait pas mais ils m’en parlaient. Je n’y croyais pas, et un jour je suis tombée sur un carton dans leur chambre avec des vidéos pornographiques. J’ai été choquée car je me suis alors dit que peut-être tout cela était vrai, et qu’en plus d’un père psychopathe, j’avais un père pervers qui usait de la force pour obtenir les faveurs d’une femme.
Une autre fois, ma belle-mère et moi sommes allés courir les magasins et ce fût jour de fête, crédit pratiquement illimité. Ma belle-mère me confia que comme mon père avait passé une nuit de beuverie avec prostitué et tout, et bien nous allions également nous faire plaisir. Je crois que sur le moment je ne réalisais pas très bien tout cela, mais aujourd’hui adulte j’ai honte, j’ai honte de cette famille si inapte à avoir des enfants, à assurer leur protection et leur éducation, à leur donner ce dont un enfant a le plus besoin : de l’amour, de la sécurité et de la stabilité.
Je ne me souviens d’aucun réel moment de tendresse avec mon père. Pour ma belle-mère, peu de temps après mon arrivée, elle m’a dit que j’étais trop grande pour avoir des câlins… c’est finalement tellement triste que souvent je me dis que tout ça ne m’est pas arrivé. Que c’est un mauvais rêve et que je vais me réveiller dans une « vraie » famille « normale ». D’ailleurs pour tout vous dire pour moi la perception de la famille est assez négative, pour moi c’est un boulet qui pèse sur nous. Le devoir dominical et autres appels téléphoniques de convenance c’est la plaie. Ce sont ceux qui vous trahissent, alors comment les croire…
Je sais que pour certains ce que je dis dois leur paraître insensé. Oui c’est certain, mais j’ai toujours l’impression que cette gentillesse cache toujours quelque chose, que je vais devoir en retour donner… donner quelque chose que je ne peux peut-être pas donner.
Ma première histoire d’amour m’a permis de comprendre que pour moi la famille se résumerait à celle que je construirai. Ce seront les seules personnes à qui je pourrais donner sans compter et sans avoir ce sentiment de servitude. Mon amour, mes enfants seront les seules personnes à qui je pourrais donner toute mon énergie sans la peur d’être trahie.
Pour en revenir à mon père, il a eu un autre enfant avec ma belle-mère, un garçon… un petit frère…mon premier amour. C’était mon plus grand bonheur, j’étais sa grande sœur, il était tellement petit, tellement mignon et il me donnait tant d’amour en retour. Je me suis beaucoup occupée de lui… j’aidais en tout. Il a été l’unique raison pour laquelle je ne me suis jamais ouverte les veines. Je me disais que je devais le protéger, que je ne pouvais pas le laisser seul… et pourtant je n’ai pas réussi à le protéger. On m’a mit dans le rôle de la sœur, mais également dans celle qui doit punir, réprimander. Ses parents n’avaient aucune autorité sur lui, et c’est vrai qu’il m’écoutait plus, mais je n’aimais pas ce rôle. Alors j’essayais de lui expliquer gentiment qu’il ne fallait pas faire ceci ou cela et mon frère m’écoutait. En regardant ses parents avec l’œil critique de l’adolescence, j’ai vu quels parents je ne serais jamais. Il était si câlin avec moi…
Lorsque les choses se sont tendues avec ses parents, il disait qu’il voulait que son père s’en aille. Lorsqu’à mes 18 ans mon père m’a fichu à la porte, à chaque fois que j’avais mon frère au téléphone il me déchirait le cœur en me demandant de revenir, de ne pas le laisser seul.
J’avais le droit de le prendre certain week-end, j’avais en quelque sorte un droit de visite… et puis son lavage de cerveau à commencé avec le divorce de ses parents… il avait tellement peur de son père, il pleurait à chaque fois qu’il devait le retrouver, je le sentais si effrayé et je ne pouvais rien faire. Il en est même venu à me dire que je n’étais pas sa sœur, alors qu’avant il s’énervait lorsque quelqu’un disait que j’étais sa demi-sœur.
J’ai fait des attestations pour ma belle mère, j’ai demandé à raconter mon histoire au juge mais il n’a jamais voulu m’écouter… j’ai essayé de me battre auprès d’elle, mais elle a abandonné le jour où mon frère à dit qu’il voulait vivre avec son père.
Elle connaissait mon histoire, son avocate lui avait parlé de l’Aliénation parentale, mais elle a suivi l’avis d’un petit garçon terrorisé qui comme bien d’autres a agit en bon petit soldat. Et voilà comment mon père a emmené librement, légalement mon frère à des milliers de kilomètres l’empêchant tout contact avec sa mère et sa sœur durant près de 10 ans. Bien sûr cela a encore était possible avec l’appui de sa famille et surtout de sa mère, ma propre grand-mère qui malgré toutes ces histoires, a osé me dire quelques temps après que mon père m’ait fichu à la porte : « ton père est un bon père mais il tombe toujours sur des mauvaises femmes ». Comment peut-elle dire cela? Comment une mère ne peut-elle pas se révolter sur le fait d’enlever son enfant à un de ses parents? Je trouve cela horrible, dénué de tout sentiment et de raison. Est-ce qu’un jour il y aura justice?
Je ne sais pas mais cela va être mon combat!!
CHAPITRE III – DES RETROUVAILLES DIFFICILES
Pour en revenir à mon départ forcé, et bien je suis allé voir ma mère avec l’aide de mon compagnon de l’époque. C’était étrange, je me tenais près de cette étrangère et je ne savais pas quoi lui dire, comment l’appeler… maman, non les mots ne sortent pas... La soirée se passe et le moment de se coucher arrive, je m’effondre en larmes. Je demande à mon ami de me ramener en France, il me convainc de rester, de donner le temps au temps. Le lendemain ça va un peu mieux, je demande à lire tous les jugements, et je me rend compte que ma mère a toujours eu ma garde, jusqu’au bout!!! Elle répond à mes questions, je suis si triste à l’intérieur mais les émotions ne sortent pas… je n’y arrive pas… une armure m’entoure et je n’arrive pas à m’ouvrir à cette étrangère qui est pourtant ma mère. D’ailleurs je me débrouille pour être près d’elle pour lui demander les choses et pour ne pas avoir à l’appeler. Je ne vais tout de même pas l’appeler par son prénom. Les mots ne sortent pas... je n’arrive pas à dire maman. Il me faudra encore deux ans pour réussir à le prononcer. Ces quelques jours sont éprouvants, et même si je pense être heureuse d’avoir retrouvé ma mère, je n’ose pas encore me libérer. Pourquoi n’as-tu pas continué à te battre? Pourquoi m’as-tu abandonnée? Pourquoi est-ce que j’ai si mal?… Il faudra encore treize années pour que je prenne vraiment conscience de l’importance qu’elle a pour moi, et de tout ce qui nous rend semblable. Car enfin je sais à qui je ressemble… à qui je dois ma force de caractère et ma détermination.
Une fois de retour en France, c’est un peu la galère qui commence, j’ai une chambre chez l’habitant car je veux continuer mes études supérieures. Je cumule les petits boulots pour payer mes frais. Je finis par m’installer quelque temps chez la famille de mon ami, et nous prendrons un peu plus tard un petit appartement. Je continue les petits boulots le soir, les vacances, heureusement que mon compagnon de l’époque est là pour m’aider… j’essaie de décrocher une bourse, on me répond que je ne suis pas un cas prioritaire. Vous n’avez qu’à faire un procès à votre père me conseille-t-on. Je le sais ça mais pourquoi personne ne peut comprendre que je ne veux rien lui devoir!!!
Le jour où mon père m’a fichu à la porte, je suis allée au Commissariat pour faire une main courante. Ce faisant, je n’ai plus de devoir envers lui, surtout lorsqu’il sera à l’aube de la mort. Je me présente comme une misérable au rendez- vous de l’assistante sociale qui peut m’aider à obtenir la bourse. Je lui explique que je suis au bout du bout, et que la prochaine étape c’est le trottoir. Elle me fait alors la lettre qui va me permettre d’avoir une bourse et de continuer mes études. Après mon IUT j’intègre donc une École de Commerce qui me permettra après une année en alternance de décrocher mon premier job. Je vais me donner à fond dans cette entreprise, chose que ne comprend pas toujours mon compagnon de l’époque. Je veux réussir! Il est vrai que la société m’exploite, j’ai été embauchée une misère par rapport à mes collègues, et même si je râle je sais au fond que c’est un peu de ma faute. J’ai mal négocié et tout accepté. J’ai également pensé que l’on était récompensé à son mérite. L’expérience m’a appris que cela ne fonctionnait pas comme cela, mais j’ai pris ce qu’il y avait à prendre. Notre couple n’a pas tenu à ma soif de réussite, de vivre mieux, de monter dans l’échelle sociale et dans mon incapacité à vouloir des enfants.
Mais ce n’est pas grave, nous étions jeunes lorsque nous nous sommes rencontrés, et nous avons pris des chemins différents. Cela n’empêche que j’ai beaucoup de reconnaissance pour cet homme qui m’a permis de retrouver ma mère et qui m’a soutenu dans ces moments difficiles. Aussi, je lui souhaite tout le bonheur qu’il mérite avec sa famille. La vie suit son cours, je vois ma mère deux à trois fois par an. Ce n’est pas beaucoup pour ce créer une histoire, on ne s’appelle pas souvent non plus, mais cela ne me choque pas parce qu’après tout j’ai vécu tout ce temps sans elle, alors je peux bien continuer encore longtemps comme ça.
CHAPITRE IV – MA THÉRAPIE, MA RE-NAISSANCE
Alors qu’est-ce qui a déclenché cette envie de parler, ce besoin soudain de se souvenir, de comprendre son histoire? C’est finalement assez simple, je suis devenue MAMAN. Une mère comblée de deux merveilleuses poupées. Notre histoire a été renforcée par une grossesse un peu difficile. Il est vrai que les grossesses gémellaires ne sont pas des plus simples, mais l’histoire se finit bien. Tout le monde est en bonne santé. Pour quelqu’un qui ne voulait pas d’enfants, surtout pas des jumeaux et encore moins des filles …j’ai été gâtée. Le fait est que j’ai eu le temps d’imaginer les relations que nous aurions … et finalement j’ai pensé aux relations que l’on m’avait volées et dont je ne me souviendrais jamais pour le peu que j’avais vécu avec ma mère. Durant ma grossesse, j’ai lu beaucoup de livre sur l’éducation, la psychologie des enfants, des parents … bref je me suis préparée à être la mère parfaite. Je m’étais toujours demandé qu’elle mère je serais : totalement désintéressée car ne sachant pas ce qu’est réellement une mère? ou bien trop mère poule pour donner ce que je n’avais pas eu?
Ce sont ce genre de questions qui ont toujours motivée ma non-envie d’enfant. En plus du fait - je dois l’avouer - que pour moi avoir des enfants devaient passer par une étape primordiale, à savoir être indépendante financièrement. Vous allez dire que je donne beaucoup d’importance à l’argent. Oui, mais c’est dans un seul but : être indépendante et pouvoir me défendre.
Bref, une fois que nos bébés sont arrivés, j’ai tout mis en œuvre pour être la mère parfaite. Je m’en suis plutôt pas mal sortie, sans regarder mes cernes et mon état physique mais ce qui était dur pour moi c’était cette boule dans le ventre de ne pas savoir si ce que je faisais était bien ou pas. Si mes filles m’aimaient? si, si … des « si » qui m’empoisonnait l’esprit. Après avoir lu des livres pour être une mère parfaite, j’ai découvert des ouvrages qui expliquaient qu’on ne le sera jamais, et qu’il fallait se méfiait du burn out maternel. Ce fût un des facteurs pour aller consulter un thérapeute.
Mais il y a également eu un autre évènement. Alors que j’étais déjà dans un trouble certain, mon frère a repris contact avec ma belle-mère. Il allait revenir en France et nous voir. C’est alors que je suis un peu plus tombée. Je ne savais pas trop quoi penser. Est-ce que c’était un espion envoyé par mon père? Est-ce que mon frère sera comme LUI? Est-ce qu’on lui a manqué? Est-ce que cela veut dire que mon père va revenir en France? Est-ce qu’il va essayer de voir mes filles? Est-ce qu’il va revenir me faire du mal et m’enlever mes enfants? J’ai alors eu des crises d’angoisses très fortes en mon fort intérieur. Je pense n’avoir ressenti qu’un millième de ce que ma mère a pu vivre, mais cela m’a tellement fait peur. Je sentais une boule au fond de mes entrailles, comme si l’idée que l’on m’enlève mes enfants me déchirait à l’endroit même ou je les avais portée. Après je me suis dit que c’était étrange que son père lui ait soufflé l’idée d’appeler sa mère à ses 18 ans. Au moment où il était à la retraite et ou mon frère allait faire des études supérieures. Peut-être pensait-il que maintenant que les liens étaient brisés, sa mère pourrait quand même raquer un peu. 18ans c’est également l’âge où il allait peut-être poser des questions… remettre en question ce qu’on lui avait dit. Mais après l’avoir vu, je pense que mon frère n’est pas encore sur ce chemin. Je ne peux pas lui en vouloir, je ne l’étais pas non plus à son âge. En tout cas, je me tiens prête à répondre à ses questions si un jour il le souhaite. Ce qui est sûrement plus dur pour un garçon c’est la forte identification au père, alors peut-être ne se posera-t-il jamais les bonnes questions? L’avenir nous le dira.
Avec ce deuxième évènement, je me suis dit qu’il était temps de suivre une thérapie et de chasser mes démons. C’est ce que j’ai fait avec l’aide d’une thérapeute et de la sophrologie. Cela m’a permis notamment de reconstruire mon histoire et de gommer certains souvenirs que l’on m’avait programmé. J’ai commencé à laisser tomber les barrières et j’essaie de vraiment renouer des relations avec ma mère, en tout cas chaque jour nous la bâtissons un petit plus.
Nous avons même organisé un week-end toutes les deux, nos premiers souvenirs à deux. Je ne retrouverai jamais mes souvenirs de petite enfance et on ne me rendra jamais les 14 années loin d’elle, et les 13 années pour me réveiller… mais mes filles auront une grand-mère maternelle et c’est très important pour elles, pour leur construction et leur histoire.
Je ne suis qu’au commencement de ma re-naissance, beaucoup de choses restent à faire et à travailler. Mais je suis aujourd’hui accompagnée et en confiance avec les personnes qui cherchent à m’aider.
Voilà mon témoignage…
Alexandra